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Les enfants diabétiques doivent-ils renoncer à devenir pompier ou pilote ? 

Malgré des avancées thérapeutiques majeures, des réglementations vieilles de plusieurs décennies interdisent toujours l’accès des diabétiques à certaines professions.

«Avant 1989, je survivais», se souvient Gérard Raymond, Président de la Fédération Française des Diabétiques (FFD). Âgé de 67 ans, cet ex-cadre de l’industrie pharmaceutique atteint d’un diabète de type 1 a vu sa vie changer le jour où il a reçu une pompe à insuline. «Dès lors, j’ai pu vivre tout à fait normalement, assouvir mes passions, courir des marathons», raconte celui qui consacre désormais sa vie à aider les personnes diabétiques, dont le nombre s’élève à environ 4 millions en France.

Cette semaine, il lance avec la FFD et l’association d’Aide aux Jeunes Diabétiques (AJD) une campagne. Intitulée «Je fais un vœu». Celle-ci vise à permettre aux jeunes diabétiques d’accéder à certains métiers et formations aujourd’hui inaccessibles. «Actuellement, il existe des réglementations obsolètes, héritées des années 1950, qui donnent lieu à une interdiction a priori. Mais grâce aux avancées thérapeutiques, les diabétiques d’hier n’ont plus rien à voir avec ceux d’aujourd’hui», rappelle Gérard Raymond.

Métiers interdits

L’École des Mines, par exemple, est interdite aux diabétiques par un arrêté de février 1957 toujours en vigueur. À l’époque, les ingénieurs qui descendaient dans les mines devaient avoir une très bonne vision pour travailler sous terre. Mais depuis, la réalité du métier a bien changé et «la plupart des jeunes atteints d’un diabète de type 1 ne développeront pas de problèmes de vision grâce à l’efficacité des traitements», insiste le Dr Marc de Kerdanet, pédiatre diabétologue et président de l’AJD. «Nous en avons assez d’annoncer aux jeunes qu’ils ne pourront exercer tel ou tel métier, simplement parce que la société se fait une représentation totalement dépassée du diabète!»

Parmi les professions «interdites» aux diabétiques, on compte également les métiers de l’armée, de l’aviation civile et commerciale, certaines branches de l’ingénierie, les professions nécessitant un permis de conduire du groupe deux (poids lourds, transport en commun…) ou encore… celle d’inspecteur de la Sécurité Sociale! En conséquence, les étudiants diabétiques sont nombreux à vivre une discrimination à la formation. C’est le cas d’un jeune homme, sauveteur en mer bénévole, à qui on a interdit de suivre une formation de marin pourtant indispensable pour ouvrir un magasin d’accastillage.

Des avancées thérapeutiques qui n’effacent pas tous les risques

Avec le développement considérable des dispositifs dédiés aux diabétiques depuis la fin des années 1980 (pompe à insuline, capteur transcutané facilitant l’autosurveillance de la glycémie, insulines plus adaptées, applications mobiles…), on aurait pu croire à la dédramatisation de la maladie. Pourtant, ces petites révolutions, selon le Dr Olivier Dupuy, diabétologue à l’hôpital Saint-Joseph, ne permettent pas aux personnes diabétiques de s’affranchir complètement de leur maladie.

«Ces moyens permettent de réduire considérablement les risques liés aux variations de glycémie mais ils requièrent de la vigilance, car aucun appareil n’est à l’abri d’un dysfonctionnement, souligne le spécialiste. Par ailleurs, ce sont des outils compliqués à utiliser puisque le diabétique lui-même doit adapter très régulièrement la dose et le type d’insuline qu’il reçoit». Des gestes contraignants et des risques certes faibles, mais bien présents, qui justifient selon le spécialiste la mise à l’écart des diabétiques de certains métiers. «Une hypoglycémie importante peut entraîner des troubles du comportement, je trouve donc normal que ces personnes ne puissent pas devenir pilotes d’avion ou militaires.»

Pétition en ligne

La Fédération Française des Diabétiques demande quant à elle l’actualisation de la réglementation discriminante, «notamment pour la police, le corps des ingénieurs et le personnel navigant commercial», ainsi que «l’accès à toutes les professions sur la base d’une évaluation au cas par cas».

«Il ne s’agit pas de prendre des risques ni de mettre des personnes en danger, mais d’être responsable et de ne pas prendre des risques pour la personne diabétique et pour autrui. Il faut revoir les textes de loi et les décrets, avec objectivité, avec mesure et sans démagogie, en tenant réellement compte des conditions actuelles d’exercice des métiers, de l’évolution des traitements et des très grands progrès de l’auto surveillance glycémique», conclut le communiqué de presse. Avec une pétition en ligne qui a déjà recueilli 7000 signatures, les associations espèrent interpeller les candidats à l’élection présidentielle.

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